Les preuves scientifiques, l’éternel débat?

Dernière mise à jour 15/10/19 | Questions/Réponses
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De nombreuses études prouvent le bien-fondé des médecines complémentaires, selon le Dr Marc Schlaeppi, médecin oncologue et responsable du Centre de médecine intégrative de l’Hôpital cantonal de St-Gall. Interview.

On a souvent l’impression que la science et la médecine conventionnelle boudent les médecines complémentaires. Y a-t-il beaucoup d’études rigoureuses consacrées à ces approches?
Dr Marc Schlaeppi: Au cours de ces quinze ou vingt dernières années, de plus en plus d’études ont été faites sur le sujet. En particulier en oncologie. Elles étaient d’abord publiées dans de petites revues et maintenant, elles le sont dans des journaux scientifiques réputés.

Sur quoi portent ces études?
Elles cherchent d’abord à savoir combien de personnes utilisent les médecines complémentaires dans la population. Les études épidémiologiques sont importantes, car elles montrent l’intérêt de la population pour ces médecines et légitiment les recherches faites dans ce domaine. Ensuite, les études se penchent sur l’efficacité et la sûreté. Elles s’intéressent aussi, et surtout, à la qualité de vie des patients car, en oncologie notamment, il s’agit de l’un des principaux effets recherchés.

Pour aller plus loin

Le point sur les études concernant l’utilisation des médecines complémentaires en oncologie: www.cam-cancer.org/en

Ces études sont-elles comparables à celles faites pour tester de nouveaux médicaments allopathiques, autrement dit liés à la médecine conventionnelle?
D’une manière générale, ces études sont randomisées (les participants sont répartis de façon aléatoire entre un groupe « expérimental » et un groupe «témoin» qui reçoit un placebo, ndlr) et contrôlées. En oncologie, elles sont menées avec des critères de sélection qui ont la même rigueur et la même qualité que ceux employés dans les essais de traitements conventionnels. Sinon, aucun journal scientifique de qualité n’oserait publier leurs résultats. En fait, les recherches portant sur les médecines complémentaires suivent le chemin inverse de celui emprunté en médecine allopathique.

C’est-à-dire?
En médecine conventionnelle, pour étayer une thérapie basée sur des preuves, on fait d’abord de la recherche fondamentale pour trouver une nouvelle substance active. Ensuite, on la teste in vitro, puis in vivo sur des modèles animaux avant de lancer des essais cliniques pour démontrer sa sûreté et son efficacité. Si les résultats sont concluants, le médicament est commercialisé. En médecine complémentaire, c’est le contraire. On part de l’expérience pratique que l’on contrôle et, idéalement, on tente ensuite de comprendre les mécanismes biologiques qui expliquent son efficacité.

Il ne s’agit toutefois pas de substituer ces approches alternatives aux traitements conventionnels…
Non et c’est pour cela que l’on parle maintenant de «médecine intégrative». Celle-ci associe la médecine conventionnelle et les médecines complémentaires, qui fournissent un traitement d’appoint destiné à améliorer la qualité de vie des patients.

Avez-vous des exemples d’études précises qui ont été faites dans ce domaine?
Pour ce qui est de l’acupuncture, une analyse combinée de neuf études a par exemple constaté une réduction des vomissements induits par la chimiothérapie. Un article publié dans le renommé Journal of Oncology a aussi démontré que cette approche réduit significativement la fatigue ressentie par les patients ayant un cancer et améliore leur qualité de vie.

Et en dehors de l’acupuncture?
La médecine corps-esprit, qui regroupe la pleine conscience, l’hypnothérapie, l’art-thérapie, le tai-chi, etc., a elle aussi fait l’objet de nombreuses publications. Une étude randomisée contrôlée a démontré que l’entraînement standardisé à la pleine conscience induisait une amélioration significative de la qualité de vie et une diminution des symptômes spécifiques du cancer du sein. Chez des patients atteints d’un cancer et présentant des troubles du sommeil, un programme de yoga spécifique a permis d’améliorer significativement le sommeil et de réduire le recours aux somnifères. Par ailleurs, une étude a suggéré que le traitement par le gui a globalement un effet positif sur la qualité de la vie et la tolérance à la chimiothérapie. On pourrait en citer bien d’autres.

Un sujet fait tout particulièrement débat : l’homéopathie, parfois qualifiée de «fake med» (lire encadré). A tort?
Le débat au sujet de l’homéopathie n’est pas seulement scientifique, il est aussi idéologique. Il y a deux positions extrêmes, qui toutes deux concluent que l’on n’a pas besoin d’études parce que, selon ses partisans, cette approche a prouvé son efficacité et, selon ses détracteurs, elle ne peut pas fonctionner.
Le problème est qu’il n’existe pas encore d’explication scientifique plausible pour l’homéopathie. Néanmoins, plusieurs études montrent qu’elle a une action positive, entre autres sur les animaux qui ne sont pourtant pas sensibles à l’effet placebo. Une recherche publiée en 2018 dans Nature montre par exemple que, chez les rats, elle a un effet analgésique en cas de douleurs neuropathiques. Etonnamment, l’article ne mentionne pas clairement qu’il s’agit d’homéopathie, il faut le lire avec attention pour le comprendre.

Pensez-vous que l’on va bientôt en finir avec l’éternel débat des preuves scientifiques?
Il y a des preuves scientifiques sur les bienfaits de ces thérapies non conventionnelles, mais il reste énormément de travail à faire dans ce domaine. Elles ont une place dans les traitements et il faut favoriser le dialogue entre la médecine conventionnelle et les médecines complémentaires. En oncologie, je suis persuadé que dans dix ans, la plupart des centres intégreront l’une ou l’autre de ces approches dans leur service.

L’homéopathie sur la sellette en France et en Europe

Le débat sur l’homéopathie fait rage en France. Tout a commencé lorsque 124 professionnels de la santé ont lancé un «appel contre les médecines alternatives» visant essentiellement l’homéopathie, dont ils souhaitent le déremboursement par l’assurance-maladie. D’après les signataires, «l’homéopathie, comme les autres pratiques qualifiées de "médecines alternatives", n’est en rien scientifique. Ces pratiques sont basées sur des croyances promettant une guérison miraculeuse et sans risque». Deux mois plus tard, l’Ordre des médecins rappelait que «le traitement préconisé par un médecin ne peut, en aucun cas, être alternatif aux données acquises de la science et à l’état d’art». Les Académies nationales de médecine et de pharmacie ont à leur tour pris position, estimant «qu’aucune préparation homéopathique ne doit être remboursée… tant que la démonstration d’un service médical rendu suffisant n’en aura pas été apportée». En réaction, les industriels de l’homéopathie, les sociétés de médecins homéopathes et des associations de patients ont lancé une campagne de communication. Ils rappellent « que, aujourd’hui, trois Français sur quatre qui ont eu recours à l’homéopathie au moins une fois dans leur vie considèrent que les médicaments homéopathiques sont efficaces» et plaident pour «la liberté de choix». Ils n’ont pas convaincu la Haute Autorité de santé qui, en juin dernier, a finalement préconisé de ne plus rembourser l’homéopathie. Un avis que la ministre de la Santé a suivi. La polémique dépasse l’Hexagone. En octobre 2017, le Conseil scientifique des Académies des sciences européennes avait estimé que «les revendications scientifiques de l’homéopathie ne sont pas plausibles…».
Cette approche complémentaire est controversée en Allemagne et, en Angleterre, elle n’est plus remboursée. Et l’Espagne, elle, a demandé à l’Union européenne de retirer le statut de médicament aux produits homéopathiques.

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Paru dans Générations, Hors-série « Se soigner autrement – Gros plan sur la médecine intégrative », Octobre 2019.

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