Que faire si vous êtes un(e) «hypersensible» aux ondes?

Ondes © istockphoto.com/Beboy_ltd
La France va lancer une étude clinique nationale pour tenter de lever les mystères qui entourent cette nouvelle maladie qui trouverait son origine dans l’exposition aux champs électromagnétiques. Sommes-nous ici dans le champ de la psychiatrie? Polémique.

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C’est une première médicale originale et elle devrait permettre à tous d’y voir plus clair sur un sujet bien confus. Résumons. La France vient de lancer officiellement une  étude clinique nationale sur un sujet à forte charge polémique : l’hypersensibilité aux champs électromagnétiques (CEM). Il s’agit là d’étudier au plus juste ce qu’il en est des symptômes aujourd’hui souvent attribués aux «ondes environnementales». «Une étude visant à évaluer un protocole de prise en charge spécialisée des patients atteints d’hypersensibilité attribuée aux champs électromagnétiques a débuté au mois de février 2012, indique ainsi le portail internet spécialisé du gouvernement français. Cette étude nationale multicentrique étudiera la sensibilité des patients vis-à-vis de leur exposition aux champs électromagnétiques ainsi que leur état de santé et leur qualité de vie.» Reste à savoir ici de quoi l’on parle.

 L’étude française se veut «indépendante» et sera financée par des fonds publics. Elle a pour but de «recueillir les symptômes, de caractériser et mesurer les expositions aux CEM pendant une semaine et d’évaluer le retentissement des souffrances notamment au niveau psychologique et social». Mieux les « symptômes » seront suivis pendant un an à travers un réseau de vingt-quatre centres de consultation hospitaliers et les participants adhéreront de manière «libre et volontaire» à cette recherche.

Pourquoi une telle initiative? Il s’agit là de l'un des engagements pris par le gouvernement français lors d'une table ronde interministérielle qui avait organisée en mai 2009 sur cette question. L’affaire ne semble pas être de nature à véritablement renouer les fils entre les pouvoirs publics et les associations qui prônent «la défense de l'environnement naturel» et luttent contre «les irradiations des champs électromagnétiques». C’est le cas de l’association Next-up qui vient de critiquer avec virulence  vivement le lancement de cette étude qu’elle qualifie de «vaste manipulation gouvernementale pseudo-scientifique». Cette étude procède selon elle d'une «stratégie négationniste» et a comme finalité «la prise en charge psy» des personnes concernées.

Reste, au-delà de la diatribe, la question essentielle: l’hypersensibilité électromagnétique (HESM) existe-t-elle en tant qu’entité physiopathologique, du moins en tant qu’entité pour laquelle un lien de causalité peut être établi et démontré? L’Organisation mondiale de la santé ne semble pas en douter.

Dans un «aide-mémoire» l’OMS nous dit tout, ou presque. A commencer par le fait que les symptômes les plus fréquents de l’HSEM (qui diffèrent notablement d’une personne à une autre) peuvent être dermatologiques (rougeurs, picotements et sensations de brûlure) mais aussi neurasthéniques et végétatifs (fatigue, lassitude, difficultés de concentration, étourdissements, nausées, palpitations cardiaques et troubles digestifs). «Cet ensemble de symptômes ne fait partie d'aucun syndrome reconnu, reconnaît l’OMS.  L’HSEM présente des analogies avec les sensibilités chimiques multiples (SCM), un autre trouble associé à des expositions environnementales de bas niveau à des produits chimiques. La HSEM, comme les SCM, se caractérisent par une série de symptômes non spécifiques, pour lesquels on manque d'éléments tangible s sur le plan toxicologique ou physiologique, ou de vérifications indépendantes.»

Faute de savoir ce qu’est l’HSEM, faute d’en connaître la cause on peut toujours dénombrer celles et ceux qui en souffrent. Mais là encore rien n’est simple. 

«Les estimations disponibles sur la prévalence de la HSEM dans la population générale sont très variables, nous dit l’OMS. Une enquête réalisée dans des centres de médecine du travail a évalué cette prévalence à quelques individus par million dans la population. Toutefois, une autre enquête menée parmi des groupes d'auto-assistance a débouché sur des chiffres bien plus élevés. Approximativement 10 % des cas signalés de HSEM ont été considérés comme graves.»

Pour compliquer le tout il existerait aussi une variabilité géographique considérable avec, par exemple, une incidence nettement plus élevée en Suède, en Allemagne et au Danemark qu'au Royaume-Uni, en Autriche et en France. Au risque de subir les foudres des associations militantes il faut rappeler ici, comme le fait l’OMS, que l’on ne parvient pas à reproduire dans les conditions expérimentales de laboratoire l'apparition des symptômes allégués : les personnes se plaignant d’HSEM sont incapables de détecter si elles sont ou non exposées à des CEM. Plus précisément «des études bien contrôlées et menées en double aveugle ont montré que ces symptômes n'étaient pas corrélés avec l'exposition aux champs électromagnétiques».

S’agirait-il dès lors d’autre chose que des champs électromagnétiques? Les symptômes pourraient-ils résulter d’autres facteurs environnementaux comme les «papillotements» provenant de lampes à  fluorescence, des reflets et autres problèmes visuels associés aux écrans de visualisation? Ou plus généralement de mauvaises conceptions ergonomiques des stations de travail informatisées? La mauvaise qualité de l'air des locaux, le stress dans l'environnement de travail peuvent-ils être suspectés?

«Il existe aussi certains éléments indiquant que ces symptômes peuvent être dus à des maladies psychiatriques préexistantes, ainsi qu'à des réactions de stress résultant de la crainte inspirée par les éventuels effets sur la santé des CEM, plutôt que de l'exposition aux CEM elle-même, souligne enfin l’OMS. Ces symptômes ont une réalité certaine et peuvent être de gravité très variable. Quelle qu'en soit la cause, la HSEM peut être un problème handicapant pour l'individu touché. Il n'existe ni critères diagnostiques clairs pour ce problème sanitaire, ni base scientifique permettant de relier les symptômes de l’HSEM à une exposition aux CEM. En outre, la HSEM ne constitue pas un diagnostic médical. Il n'est pas non plus évident qu'elle corresponde à un problème médical unique.»

Comment mieux dire que l’on en sait pas de quoi il retourne et que l’on est de ce fait pour le moins démuni? A «l’intention des médecins» l’OMS ne dit rien de bien concret si ce n’est qu’il faut «viser principalement la réduction des symptômes et des handicaps fonctionnel». Et «à l'intention des individus se plaignant d'une HSEM»:  qu’«en plus du traitement administré par des professionnels, les groupes d'auto-assistance peuvent apporter une aide utile».   L’étude lancée en France permettra-t-elle d’en dire plus? Conduira-t-elle immanquablement les hypersensibles vers les neuropsychiatres?