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Médée ou l’enfant comme instrument de vengeance de la femme

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Mains féminines tirant la corde à des mains masculines © istockphoto.com/funebre
Harcèlement violent d’une femme pour priver son ex-conjoint de ses enfants après une rupture. Cette vengeance de la femme est appelée syndrome de Médée par les psychiatres. Des interventions médicales et légales existent pour aider les victimes.

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L’augmentation significative des séparations conflictuelles favorise l’enlisement des situations de divorce litigieux dans des impasses dramatiques dont les enfants deviennent les otages infortunés. Le syndrome de Médée est important en raison de la gravité extrême de la souffrance infligée et de la fréquence augmentée des séparations conjugales aboutissant à des confrontations hostiles et stigmatisantes.

Le syndrome de Médée est une réaction destructive très grave avec impact négatif majeur sur les enfants et les adultes. Il tire son nom du mythe antique de Médée qui symbolise «l’enfant réduit à la condition d’objet de vengeance». Petit rappel mythologique. Frappée à son corps défendant par la flèche d’Eros, Médée se plie à son amour pour Jason contre la promesse d’une éternelle fidélité. Elle aide ensuite les Argonautes à s’emparer de la toison d’or, ce trésor inestimable appartenant à son propre père. Puis elle s’exile en Grèce avec son amant. Mais le volage Jason se lasse de son amour. Trahie et humiliée, la superbe Médée tue alors ses enfants et, en proférant de terribles mots de vengeance, déchire le ventre qui a enfanté les fils du héros.

Manipulation de l’enfant

Quittons le terrain du mythe pour revenir à la réalité. Concrètement, le parent met en place une démarche structurée et impitoyable, visant à entraver l’accès de son ex-conjoint à l’enfant, mais aussi à placer la victime dans une situation d’impotence pour mieux sévir, élément sadique du syndrome. Des comportements d’intimidation et d’exclusion sont adoptés également envers les proches et alliés de la victime, médecins compris. Les enfants sont les premiers à subir des pressions morales afin qu’ils refusent de suivre le conjoint mais aussi de lui parler lors des visites, des téléphones, à l’école et même en cas d’hospitalisation. Il s’agit en somme d’une forme organisée de maltraitance qui porte sur une dimension vitale de la vie affective et se traduit par des effets psychotraumatiques très importants. Celui ou celle qui en fait les frais est à considérer à tous points de vue comme une victime et peut souffrir de stress post-traumatique, dépression, troubles anxieux ou même risques suicidaires.

Quels soins pour les victimes?

Explorer le concept de syndrome de Médée ouvre la porte à la psychopathologie des conduites de harcèlement. La situation traumatisante va donc durer et elle requiert une position claire du médecin par rapport au harcèlement. Une observation et un diagnostic soigneux s’imposent, éventuellement à l’aide d’un spécialiste. Les traitements pharmacologiques sont utiles en cas d’effondrement dépressif ou de stress post-traumatique grave. Les antidépresseurs sont alors à préférer à la sédation. On assiste parfois au réveil d’anciens troubles névrotiques et il convient alors de faire appel au spécialiste qui peut plus facilement adopter une guidance à géométrie variable. 

Se pose aussi la question de comment intervenir efficacement auprès de l’individu ou du groupe maltraitant. Il est vain d’espérer que des personnalités aussi grevées de troubles de la personnalité acquiescent à autre chose que l’intimidation pénale. Et il ne sert à rien de prescrire médiations ou traitements tant que cette folie n’a pas été sanctionnée. Médecins et juristes devraient donc être conscients que paranoïa et sadisme sont tels dans le syndrome de Médée que seule l’intimidation pénale peut arrêter ces sujets délirants qui ne deviendront jamais fous. La mère ou le père qui s’entêtent à vouloir priver le conjoint de ses enfants sont en fait habités par le sentiment d’être des justiciers: leur cause doit donc être entendue et jugée, sans quoi les bonnes intentions de la pédagogie ou de la psychothérapie ne pourront rien. Force est de constater que des législations prévoyant ce délit, mais aussi des mesures de puissance partagée, assorties de peines sévères pour le non-respect des droits des ex-époux, ont donné des résultats encourageants. C’est donc bien la voie qu’il conviendrait de suivre à l’avenir. Des nouvelles législations devraient permettre de mieux reconnaître le caractère délictueux de la privation d’enfant à but de vengeance passionnelle et de sanctionner cette conduite de façon appropriée.

Le rôle de l’entourage

L’entourage proche, mais aussi les professionnels, réagissent parfois à la survenue du syndrome de Médée par des réactions d’évitement ou de dénégation que le médecin doit bien connaître, s’agissant de comportements pouvant beaucoup aggraver le stress traumatique de la victime. On est étonné de découvrir à quel point les membres de professions soignantes, sociales ou juridiques, qui sont supposés porter les valeurs de l’état de droit, montrent parfois des réactions d’évitement, de dénégation, voire de complaisance envers le maltraitant. Trauma sur trauma, ces attitudes ont un effet redoutable sur la victime. 

Référence

Adapté de «Le syndrome de Médée, parcours sadique de la perte d’amour», Pr Antonio Andreoli, Service de psychiatrie de liaison et d’intervention de crise, HUG, in Revue médicale suisse 2010; 6: 340-2, en collaboration avec l'auteur.

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