La perte de l’odorat pourrait être un facteur annonciateur de décès

Dernière mise à jour 13/01/15 | Article
La perte de l’odorat pourrait être un facteur annonciateur de décès
Des chercheurs américains confirment que la fonction olfactive est un bon facteur prédictif de décès. Ils estiment que c’est un facteur de risque peut-être plus puissant que les causes fréquentes de décès prématuré.

«Parmi les sens humains, l'odorat a probablement été le plus négligé par la communauté médicale», écrivait le Dr Basile Nicolas Landis dans la Revue Médicale Suisse du 3 octobre 2007. Il ajoutait: «L’odorat est, contrairement à ce qui a prévalu longtemps dans l’opinion de la communauté médicale, non pas un appendice, mais un sens avec une fonction étonnamment performante. Les troubles de l’odorat concernent environ un sixième de la population. Les causes en sont diverses. Ils peuvent être le premier symptôme de maladies neurodégénératives ou systémiques.» 

Sept ans plus tard, une équipe de chercheurs américains vient, de manière inattendue, confirmer ces observations. Elle établit que, chez les personnes d’âge mûr, l’incapacité à identifier les odeurs pourrait être un indicateur d’un risque accru de décès. Cette étude américaine vient d’être publiée dans la revue PLoS ONE1.

Proximité du système nerveux central

La fonction olfactive joue un rôle essentiel dans la santé (et la survie), du fait des liens étroits entre l’appareil olfactif et le système nerveux central. L’étude américaine parue dans PLoS ONE  a été dirigée par le Pr Jayant M. Pinto (département de chirurgie, Université de Chicago). Elle a été menée à partir de données recueillies auprès de 3005 hommes et femmes âgés de 57 à 85 ans. En 2005-2006, les chercheurs les ont soumis à un test simple consistant à reconnaître cinq odeurs communes (en choisissant parmi une série d’images ou de mots).

Les chercheurs ont alors fait trois observations:

  • Près de 78% des participants ont été jugés «normosmiques»: leur fonction olfactive était normale.
  • Près de 20%  ont été jugés «hyposmiques»: ils ne pouvaient identifier que deux ou trois des odeurs du test.
  • Les autres ont été jugés «anosmiques»: ils ne pouvaient identifier qu’une odeur (2,4%) ou aucune d’entre elles (1,1%).

Déclin avec l’âge

Les chercheurs ont aussi constaté que les résultats déclinaient avec l’âge: 64% des personnes de 57 ans pouvaient identifier les cinq odeurs, contre 25% chez les volontaires de 85 ans.

Cinq années plus tard, la même équipe a procédé à une nouvelle enquête auprès des participants. Dans ce laps de temps, 430 sujets d’origine (soit 12,5%) étaient décédés. Après avoir ajusté les chiffres en fonction de plusieurs variables démographiques (âge, sexe, statut socio-économique, état de santé…), les chercheurs ont constaté que les personnes qui souffraient de perte d’odorat importante cinq ans plus tôt étaient nettement plus susceptibles d’avoir disparu. Au vu de ces résultats, même les pertes légères de la fonction olfactive constituaient un facteur de risque de décès.

Un signe annonciateur

«Nous pensons que la perte de l’odorat est comparable aux canaris des mines de charbon, affirme le Pr Pinto, chirurgien et spécialiste des troubles de l’olfaction et du sinus. Elle ne provoque pas directement la mort, mais elle en est un signe avant-coureur, un avertissement; elle nous annonce qu’il s’est passé quelque chose de grave, que quelque chose a été endommagé. Nos conclusions pourraient permettre d’élaborer un test clinique utile, rapide et peu onéreux, qui permettrait d’identifier les patients les plus à risque».

Les causes de la perte de l’odorat sont multiples et souvent temporaires et bénignes (rhumes, grippe, allergies), mais elles peuvent effectivement être le symptôme de pathologies graves (notamment les maladies d’Alzheimer et de Parkinson). Et, au-delà de leur qualité de signe annonciateur, les troubles de l’odorat constituent un danger en eux-mêmes.

Un sens négligé

«L’odorat a un impact sur le goût des aliments. De nombreuses personnes souffrant de déficit olfactif n’éprouvent plus de plaisir en mangeant. Elles ne mangent pas de façon équilibrée et leur santé s’en ressent, expliquent les chercheurs. Elles ne peuvent détecter la nourriture avariée et ne détectent pas les odeurs annonciatrices de danger, comme l’odeur d’une fuite de gaz ou de la fumée.»

Négligés, les troubles de l’odorat? Pour le Pr Pinto cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Ce professionnel estime que de tous les sens de l’homme, l’odorat est «le plus sous-estimé» et «le moins apprécié». Il serait aussi, au fil de l’évolution humaine, en constante régression. Ce peut être une très bonne raison pour l’utiliser et le développer autant que faire se peut. Et ce dès le plus jeune âge.

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1. Le texte complet (en anglais) de cette publication est disponible ici

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